La création musicale en question - Colloque International SICM 2022

lun 23 mai 2022 - mar 24 mai 2022
23 mai : 9h15 - 21h 24 mai : 10h30 - 17h15
Responsable:
Lieu: 

le 23 mai : 
Sorbonne Université
Auditorium de Jussieu 
4, place Jussieu
75005 PARIS (métro Jussieu)

le 24 mai : 
Université de Lille
Maison de la Recherche
Campus Villeneuve d’Ascq
(métro : Pont de bois)

Programme: 

La création musicale en question
Colloque international – SICM 2022
 
Paris : lundi 23 mai 2022
Lille : mardi 24 mai 2022
 
 
La SIME (Semaine Internationale de la Musique Électroacoustique) s’est tenue ces dernières années à l’Université de Lille portée par le Studio de Musique Électroacoustique du Nord et l’association Univers Sonores Parallèles.
En 2022, après les reports de la crise sanitaire, la manifestation se tiendra de manière partagée entre Lille et la Sorbonne, inaugurant une collaboration entre les deux universités. Elle mettra un accent particulier sur le Mexique, dans la continuité du projet d’échange entre l’UNAM et l’UFR de Musique de SU.
 
 
(comité d’organisation : Jean-Marc Chouvel, Francis Courtot, Iván Adriano Zetina Ríos)
 
Programme
 
Paris, lundi 23 mai
Sorbonne Université
Auditorium
4 place Jussieu
75005 PARIS
(métro : Jussieu)

L’objectif de cette journée est d’interroger les aspects les plus spécifiques de la production musicale contemporaine, et en particulier ceux qui se présentent aujourd’hui sous un jour problématique. La musique électroacoustique s’est constituée comme genre à partir de progrès technologiques déterminants : principalement la synthèse et l’enregistrement. Elle a construit au cours du vingtième siècle une esthétique spécifique autour d’éléments techniques qui n’ont cessé de la conditionner. Aujourd’hui que ces éléments se sont radicalement banalisés, quel est l’élément moteur de la création électroacoustique ? Cela pose plus généralement la question des ressources compositionnelles de la musique de création au vingt-et-unième siècle.
Un concert permettra d’écouter des œuvres du répertoire et des créations en rapport avec les intervenants.
 
9h15 Accueil des participants
9h30 Introduction du colloque – Jean-Marc Chouvel/Francis Courtot

I. L’univers du sonore

9h40 Denis Dufour (PSPBB)
Koley Bāzār, du field recording à l’écriture musicale.

À partir de l’œuvre acousmatique Koley Bāzār [2019, 08'08] nous analyserons les multiples façons qui ont permis de passer d’une phonographie, ou field recording, à une musique d’écriture. Enregistrée en Inde par Hém-Ish, une déambulation très matinale sur le grand marché aux légumes de Kolkata forme la trame acoustique de l’œuvre : moteurs divers, klaxons et sonnailles, grincements de cyclo-pousses, voix parlées, criées ou chantées en bengali et hindi, chants de corbeaux, de pigeons ou de chiens… Tous ces éléments, considérés dans leurs caractères et leurs morphologies indépendamment du contexte qui les relient naturellement, invitent à une écriture ciselée, une orchestration variée, la recherche de correspondances et par-dessus tout à un travail précis des intensités. Car c’est grâce à une mise en forme dynamique rigoureuse et énergique, l’équivalent du phrasé cher aux interprètes instrumentistes et aux chefs, que les matériaux d’origine, les sons ajoutés et les décisions musicales sont canalisés et rassemblés en une œuvre cohérente.

10h20 Antoine Villedieu (doctorant IReMus)
Processus automatique et pensée algorithmique en musique électronique et en musique instrumentale. Émergence de la complexité et économie des moyens

À la fin des années soixante, Steve Reich adapte les techniques de manipulation de bandes magnétiques à sa musique instrumentale, qui connaît alors rapidement une phase de complexification (Drumming, 1971) malgré la volonté du compositeur de se limiter à un nombre restreint de processus automatiques d’écriture. La technique sérielle avait également connu une complexification progressive. Elle est devenue à l’après-guerre un moyen polyvalent de contrôle appliqué à l’ensemble des paramètres d’écriture (dans Le Marteau sans Maître de Boulez, 1954) puis à la transformation du son en temps-réel (dans Mantra de Stockhausen, 1970). À cette même époque, la synthèse sonore voit apparaître la modulation de fréquence, technique permettant la production de spectres complexes grâce à seulement 2 ondes sinusoïdales : ici encore, c’est par le biais d’une économie matérielle qu’émerge une nouvelle forme de complexité. Quelques années plus tard, la musique spectrale (musique instrumentale dont l’écriture est basée au départ sur l’imitation de spectres harmoniques) intègre peu à peu l’imitation de spectres de synthèse plus complexes. L’esthétique spectrale connaît ensuite un élargissement considérable de ses techniques d’écriture grâce à la composition assistée par ordinateur. Mauro Lanza a ainsi généré l’ensemble du matériau de sa pièce instrumentale Aschenblume (2001) à l’aide de programmes informatiques. L’analyse de cette pièce montre néanmoins que la complexité de son matériau compositionnel est née d’une certaine restriction en termes de moyens informatiques.
Le cinéaste Robert Bresson écrivit un jour « la faculté de bien me servir de mes moyens diminue lorsque leur nombre augmente ». Les algorithmiques peuvent actuellement servir autant la musique électronique que la musique instrumentale ou mixte, mais les compositeurs y ayant recours montrent toujours la volonté d’atteindre une certaine complexité par le biais d’une forme de limitation en termes de moyens.
 
11h00 Pause
 
11h20 Éric Maestri
Une réflexion sur la singularité et le choix en composition

Dans Être et Temps Heidegger donne une définition de « communication » : communiquer est l’expression de l’être-ensemble (Mitsein). Cette perspective implique évidemment l’acte compositionnel. Cet acte, étant réalisé dans un temps et appartenant à un temps est le fruit d’une interaction entre les êtres humains. Une telle condition existentielle met davantage en lumière l’importance de la singularité de l’acte et du choix qui le comporte. La composition peut être pensée comme un acte substantiellement dialogique, bien que différé, qui donne au compositeur l’avantage de construire une chose qui aura lieu dans le futur, et ainsi de projeter une sorte de réalité qui ne se réalisera qu’après : au fond, les compositeurs projettent un futur. Cet aspect fondamental de l’acte compositionnel implique une certaine responsabilité vis-à-vis des choix compositionnels, des outils et requiert un effort de conscience de la part du compositeur. Ainsi, la grande variété des outils électroniques actuels et leur banalisation opérationnelle, peut être observée sous l’angle critique des choix artistiques singulières ; leur marginalité, si thématisée, peut être un instrument de questionnement, de création et d’interaction avec le contexte historique. Cette réflexion habite ma pratique compositionnelle qui me sert de base pour la poursuivre sur le plan de la réalisation des œuvres. Je tenterai alors de développer la question de la singularité et du choix compositionnel en relation à ma pratique compositionnelle, d’écoute et d’enseignement.
 
12h00 Pause
 
II. La création électroacoustique et mixte en Amérique Latine
 
14h00 Maria Cristina Kasem (doctorante IReMus)
« Argentina connexion » Le phénomène de la musique expérimentale parmi les compositeurs et compositrices argentins.

Peu après l'apparition de la musique concrète (fondée par Pierre Schaeffer) et la création du Groupe de Recherches Musicales en 1958, un certain nombre de compositrices et compositeurs argentins se sont appropriés ce style musical et ont développé de remarquables facultés dans ce domaine. Ils ont, par la suite, acquis une grande reconnaissance internationale (surtout en France) en tant que créateurs et pédagogues.
Nous allons ici tenter de dévoiler quelques aspects de ce phénomène ainsi que les liens qui se sont possiblement tissés entre la France et l’Argentine. Le but est d'éclaircir ce « mystère » autour des compositrices et compositeurs argentins de musique électroacoustique. 

14h40 Bertrand Chavarria-Aldrete (Artistic Research Fellow at Lund University), 
À propos de In situ - (de) cor (o)

En 2019 j’étais invité par le Festival Encontrarte au Portugal pour créer une performance avec les résidents du centre Valoriza (Centre pour personnes en situation de handicap) dans la ville d’Amares. Après un premier contact et une série d’entretiens avec les résidents pour connaître leur personnalité, j’ai décidé d’élaborer un dispositif de performance avec un matériau électroacoustique issu de leurs qualités, traitées comme gestes et objets musicaux dans l’œuvre, des particularités créatrices et interprétatives uniques. Ce matériel électroacoustique sera remanié, ré-interprété, enregistré et recomposé quelques mois après, pendant deux semaines de travail, pour être créé lors du festival.
Cette expérience est en liaison avec ma recherche sur “L'extension plastique de la musique”. Elle  m’a permis de constater l’effet, la répercussion et l’empathie du signal sonore dans le corps. Je propose de présenter le processus créatif et les aspects particuliers de cette œuvre  électroacoustique qui fonctionne comme un geste libérateur de création et de paradigmes sociaux-artistiques.
Lien de l’œuvre: https://www.youtube.com/watch?v=ycqkXT8erNc

15h20 Pause

15h40 Gonzalo Macías (Université de Puebla – Mexique)
Álvarez, Sigal et Derbez : idées et rapports de mixité

On se propose d’étudier la création récente de musique mixte au Mexique en se concentrant sur un nombre réduit de pièces mixtes et sur les modes relationnels que l’on peut déduire à partir de leur écoute. On cherchera à établir quelques concepts utiles pour permettre de parler de la construction sonore impliquée par la mixité : comment les rapports qui se créent entre les différentes sources peuvent-ils être désignés et compris ?
 
16h20 Pablo Silva (LIMME, UNAM – Mexique)
Musique et intelligences artificielles : vers une nouvelle oralité en musique ?

L'intégration récente des techniques d'intelligence artificielle dans les applications d'informatique musicale représente un autre exemple de la rationalisation industrielle progressive de la production intellectuelle et créative. Cela entraîne une série de conséquences ambivalentes : d'une part, l'exploration agile d'espaces combinatoires ou des contraintes qui dépassent largement les capacités de calcul humaines mais, d'autre part, la dévalorisation de chaque résultat individuel offert par le système CAO. D'ailleurs, les réseaux neuronaux actuels sont toujours entraînés par exposition à un corpus préalable, ce qui entraîne nécessairement une préférence implicite pour ce qui est connu plutôt que pour des nouvelles possibilités musicales. Malgré cela, il est possible que l'intégration de l'intelligence artificielle dans les programmes de musique permettra l'émergence d'une nouvelle tradition orale pour les musiciens, car les connaissances préemballées, intégrées dans ces programmes, permettront une pratique agile qui allégera le travail les musiciens, en prenant soin des aspects les plus mécaniques du travail de composition.
 
17h00 Pause
 
Concert de musique électroacoustique et mixte.
19h00 Auditorium de Jussieu
 

Lucas Gambard, Im-pulse, pièce participative, 5’

Étudiants du séminaire de création instrumentale et électroacoustique, Création, 2022, 25’00

Maria Cristina Kasem, Ivy Mara He’y (La tierra sin mal), 2011, 5’47
Ivi Mara He'y a été créé au Studio de musique électroacoustique de l'Université de Lille 3 en 2011. Cette pièce a reçu la Mention d'honneur du Festival international d'art sonore de Monterrey - México en 2012.

Eric Maestri, Primo movimento, 2021, électroacoustique, 13’00
Primo movimento est l’introduction d’une pièce beaucoup plus grande. Dans cette pièce les sons et les mots provenant d’interprètes sont organisés d’une manière libre, comme une sorte de dialogue à distance, ou de réflexion personnelle sur le son et la musique à partir de témoignages de musiciens. Dans l’introduction tous les sons se mêlent. La texture continue qui la caractérise émerge du montage et mixage des diverses sources d’inspirations et de sons que certains musiciens m’ont confié. La pièce met en relation trois niveau de témoignages : celui que j’ai reçu directement des musiciens (mots et sons), qui constitue la structure de la pièce, leur propre expérience musicale, leur imaginaire, les pièces qu’il évoquent, et enfin mon propre retour, comme un témoignage de deuxième niveau, un témoignage sur le témoignage. La composition est une sorte d’autoréflexion sur le matériel récolté, réorganisé et agencé d’une manière nouvelle.

Denis Dufour, Hentai, 2011, électroacoustique, 10'32
Réalisation sur ordinateur au studio du compositeur à Paris 19e
Prises de son : Denis Dufour
Voix : Kasumi Handa
Texte : Thomas Brando
Traduction du poème en japonais : Shoko Takahashi
Remerciements : Fabrice Arduini, Tomonari Higaki, Hamish Hossain et Aki Nakamura
Création à Fukuoka, Arena Hall de la fondation Acros Fukuoka, le 27 septembre 2011 lors du récital de Tomonari Higaki sur acousmonium à 34 voix de diffusion

Les rapports récents, confirmant la fusion complète des réacteurs 1, 2 et 3 de l’installation nucléaire de Fukushima Daiichi quelques heures seulement après le tremblement de terre et le tsunami dévastateurs du 11 mars, ont été déjoués par des nouvelles encore plus inquiétantes selon lesquelles le cœur même des réacteurs a totalement fondu, une situation qui constitue le pire scénario qu’on puisse attendre d’un accident nucléaire. Et le haut responsable politique Ichiro Ozawa a laissé entendre que la situation à Fukushima pourrait rendre le pays entier invivable.
La fusion du cœur d’un réacteur nucléaire implique que son combustible dépasse son point de fusion jusqu’à endommager sa cuve de confinement, provoquant des fuites et libérant des niveaux élevés de radiation dans l’environnement. Ce scénario est le pire car, par la fusion totale du combustible, des trous se forment dans le fond des cuves sous pression des réacteurs endommagés, laissant le magma ainsi formé se répandre au fond de l’enceinte de confinement extérieure au risque de se propager directement dans le sol, l’air et l’eau.
Le rapport suggérant que des fusions ont déjà eu lieu est la première reconnaissance officielle de cette situation désastreuse. Il corrobore également les premiers soupçons qu’un tel scénario était en cours depuis le début, car des rapports ultérieurs ont confirmé que l’épopée catastrophique des réacteurs avait produit des trous dans les cuves de confinement du cœur de la centrale, et que de l’eau radioactive et, peut-être même, du combustible s’infiltraient dans les cuves inférieures.
L’Agence internationale de l’énergie atomique avait déjà déclaré que la catastrophe de Fukushima était au moins aussi grave que celle de Tchernobyl, mais ces nouvelles informations suggèrent désormais qu’elle est probablement encore pire. À l’heure actuelle, on ne sait pas si le combustible qui s’est accumulé dans les cuves de confinement s’est infiltré à l’extérieur, où il risque de contaminer les réserves d’eau souterraine et de causer des dommages environnementaux considérables. Dans une interview récente, Ichiro Ozawa a déclaré que les zones autour de Fukushima étaient déjà complètement inhabitables. Il a également laissé entendre que, dans l’état actuel des choses, une grande partie du reste du pays, y compris Tokyo, pourrait subir le même sort si rien n’était fait pour contenir la situation de manière adéquate et efficace. [D’après Ethan A. Huff, naturalnews.com, 9 juin 2011]

Thomas Brando
変態 (Hentai) [2011]

蝉の声が聞こえていた
ヒキガエルはパシャンと池に飛び込み
かん高い声を上げながら愛し合っていた
突如大きな光が走り 全てが壁に叩きつけられた
目もくらむ光線は 白く 桃色に そして青く光った
物質が激しく分解され
僕らは原子炉の炉心に吸い込まれた
(僕らの手のひらさえ見えなくなった)
巨大な波も怒りを静める事は出来なかった
こうして終わりのない夜が幕を開けた
愛に満ちたものがその正反対へと変貌した
光は闇へ 闇は光へ
沈黙は あらゆる叫びをガラスに閉じ込めた
生ぬるい無に包まれながら
僕らは寒くもあり 暑くもあった
そして 断片に取り憑かれ
断片は原料となり
灰は塵となり
ついに塵にも満たない無に辿り着いた

Hentai
Thomas Brando

On entendait le chant des cigales
Des crapauds amoureux rejoignaient bruyamment leurs mares
En lançant des chants stridents.
Puis un grand flash et tout le monde fut projeté contre les murs.
Une lumière aveuglante, blanche, rose pâle puis bleue
En une sauvage désintégration de la matière
Nous fûmes aspirés par le cœur brûlant du réacteur
[Nos mains mêmes étaient devenues invisibles]
Des vagues de dix mètres ne parvinrent pas à contenir cette furie.
Et ce fut le début d'une nuit sans fin.
Toute chose imprégnée d'amour fut transformée en son contraire
La lumière en obscurité et l'obscurité en lumière
Et le silence vitrifia tous les cris
Nous avions froid et chaud en même temps
Enveloppés par l'étreinte tiède du néant.
Alors vint la fascination du fragment
Et du fragment, la dernière des matières premières
Et de la cendre, la poussière
Et même la poussière ne nous fut plus rien.

Pablo Silva blanco, électroacoustique (4 canaux) 8’30
Un espace indécis, donc pure possibilité.
N'y a-t-il pas un germe du blanc dans le plus sombre ?
L'obscurité la plus profonde n'est-elle pas l'essence même impénétrable du blanc ?

Gonzalo Macias, Improvisación II, pour guitare et bande magnétique, 12’00
guitare : Bertrand Chavarria

Bertrand Chavarria, fomio, 2020, sirimcho et électroacoustique, 8’00
sirimcho : Bertrand Chavarria

II. Composer autrement ?

Lille, mardi 24 mai 
Université de Lille
Maison de la Recherche
Campus Villeneuve d’Ascq
(métro : Pont de bois)
 
Souvenons-nous de Boulez pour qui sa génération devait s'atteler à la création d'une nouvelle syntaxe ; rappelons-nous que pour Ferneyhough, la tâche la plus importante qui incombe à ses contemporains est la réintégration de la musique dans un cadre culturel plus large ; rappelons-nous de Xenakis qui joue à l'égyptien, cherchant le futur en regardant les mythes grecs du passé ; souvenons-nous de Grisey revendiquant le modèle du son comme le seul signifiant ; rappelons-nous de Lachenman, pour qui composer est la création d'un instrument ; souvenons-nous de Stockhausen qui associait la musique au vol d’un oiseau, tout en rêvant d'une fusion entre le compositeur, l’œuvre et l’auditeur, et pour finir affirmant : « Ce qu’est la musique, je n’en sais rien ».
Et aujourd'hui ? Les jeunes compositeurs doivent-ils passer par un bilan des grands aînés pour penser leurs techniques de composition ? Leur travail de compositeur développe-t-il ces techniques ou se détermine-t-il selon ses propres lois ? La composition dépendent-elle d'autres critères, par exemple imposés par les programmateurs, ou se développe-t-elle de façon autonome ? 
Cette journée d'études voudrait tout autant réfléchir à la place dévolue aujourd'hui aux grands aînés dans l'économie des jeunes compositeurs que donner à ces derniers l'occasion d'exposer leurs propositions propres.
 
10H30 : accueil

11h00 : Ivan Adriano Zetina (Université de Lille, Université de Paris Sorbonne) 
Au seuil de la vie musicale

Faire ou penser la musique s'expose à se dissimuler derrière cette aura cultivée qu’Italo Calvino a appelée le triomphe de la classification, de la nomenclature, nous permettant de consulter le passé musical avec admiration encyclopédique et le « spirito da esposizione universale ». Comme si le risque d’échouer à la « vivante actualité » de la musique dont parlait Gisèle Brelet dans l’interprétation créatrice (1951), serait une raison suffisante pour ne pas essayer de sortir du faux sentiment « contemporain » de sécurité qui nous protège de la jouissance, du fantastique et de la rêverie qui produisent la vie musicale.
Ce qui motive cette réflexion est une quête de retrouvailles avec cet instant qui s’articule à l’expérience du vécu et qui s’accorde au moment où la musique nous apparaît de manière convaincante sous des formes toujours inachevées. Cette présentation aura la double tâche d’essayer d’élucider certains points nodaux de la pratique musicale pour la « jeune génération » de musiciens et de musiciennes. Mais surtout, de nous rappeler, aussi, qu’avant tout, au-delà de l’historicisme, de l’ontologie musicale, de la professionnalisation ou de l’institutionnalisation, passer à l’acte du musical demeure une nécessité essentielle.

11h45 Véronique Verdier (Philosophe, chercheuse associée au CHPMS, Laboratoire EA 1451, Paris 1)
La fécondité du nouveau

La nouveauté caractérise la musique de création. Un créateur propose en effet quelque chose d'inouï qui n'a jamais été entendu auparavant. En ce sens, il compose autrement que ses prédécesseurs. Or, la rupture sur laquelle on se focalise le plus souvent, à savoir celle du dodécaphonisme avec la musique tonale, fait écran à cette démarche novatrice qui traverse  l'histoire de la musique écrite.
Je souhaiterais montrer que le nouveau demeure fécond par-delà la modernité des avant-gardes, en deçà et au-delà de cette période étroitement délimitée et que l'aspiration au nouveau reste encore une possibilité d'avenir.

12h30 Pause

13h30 Marco Stroppa (Hochschule für Musik / Stuttgart)
La musique en tant que pensée sensible

Les « définitions » de la musique foisonnent. Depuis qu’il existe, cet art a toujours défié philosophes et scientifiques par sa nature insaisissable et multiple, ses notations étranges et son approche du temps. Il ne s'agira donc pas de se livrer à une énième tentative de définition mais plutôt d'évoquer un vécu de compositeur, faire un relevé d'un terrain d’action, tel qu'il est pratiqué et observé à travers l'enseignement.
Même si j’ai eu du mal à l’exprimer si directement, j’ai toujours ressenti que ma musique se compose de « pensées sensibles ». Ainsi que l’écrit le naturaliste et chercheur en écologie végétale Jacques Tassin, auteur de Penser comme un arbre, j’entends par « sensible » non pas les émotions, mais l’engagement du corps dans sa totalité.

14h15 Jean-Marc Chouvel (Université de Paris Sorbonne)
Comment faire face à l’abandon institutionnel de la musique savante ?

La suppression récente du CDMC et de Musique Française d’Aujourd’hui est un symptôme important du changement d’attitude de l’institution culturelle vis-à-vis de la création musicale savante. Tout a commencé sans doute déjà avec l’introduction de la notion de “musiques actuelles” et la création de “musique nouvelle en liberté”, ainsi qu’avec la brutale dégradation de France Musique sous le mandat Bouteiller. On essaiera de comprendre de quoi cette confusion des genres est le nom, et en quoi ce brutal déni dont a souffert toute une génération de créateurs est révélateur d’une évolution sociétale bien plus profonde et par certains aspects assez inquiétante. On essaiera aussi de mesurer le type de réponses qu’il est encore possible de donner à ce phénomène, et d’en cerner l’impact à moyen et à long terme.

15h00 Francis Courtot (Université de Lille)
La modernité musicale achevée.

Certains discours sur la Modernité musicale laissent entendre qu'elle n'a été qu'univoque, ethno-centriste, sèchement austère et engoncée dans de vaines quêtes théoriques ou taxinomiques, c'est-à-dire avant tout stérile, le tout permettant de "revenir à" des situations ayant fait leur preuve, ou même d'affirmer que nous n'avons jamais été modernes, une forme de glorification de la cécité intellectuelle. On voudrait proposer quelques pistes pour montrer que la Modernité musicale est achevée dans le sens d'une fin, certes, mais aussi d'une réussite. Dans un second temps, on mettra en regard ces propositions avec les déclarations d'une quarantaine de compositeurs, telles que le défunt CDMC les avait mises en ligne sur son site.

15h45 : Pause
16h15 : table ronde
17h15 : fin du colloque


Tutelles

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