Création musicale et traceologie numérique Processus d’émergence des faits de conscience esthétique dans un contexte interactif de calcul intensif

sous la direction de : 
Directeur(rice) de recherche (non-membre de l'IReMus): 
Julio Estrada
Création musicale et traceologie numérique
Processus d’émergence des faits de conscience esthétique dans un
contexte interactif de calcul intensif

Mauricio A. MEZA RUIZ

Projet de Thèse de Doctorat

Les traces d'activité humaine renvoient à un état particulier de présence (attention, perception, mouvement, intentionnalité, entre autres). Si l’écoute musicale émerge au sein d’un ensemble systémique, celui-ci serait constitué d’abord d’entités capables d’exprimer des états de conscience esthétique, des états d’écoute. La récurrence variable de ces expressions donnerait lieu à son tour à la signification de préférences d’écoute : une multiplicité de descriptions potentielles du fait musical. Pour construire des telles descriptions à partir d’un tel modèle systémique, on peut envisager d’établir formellement la mise en relation interactive des individus et des entités qui le constituent. Au sein de une telle relation interactive, dynamique et dialogique, tout autant que générative, l’accumulation d’indexations de préférences qui arrivent comme des expressions d’une conduite esthétique opératoire, telle que l’écoute musicale, donnerait lieu à des potentiels de prise-de-forme. De tels potentiels seraient encapsulés dans les traces numériques. Dans un tel contexte, dans quelle mesure les traces numériques auront-elles une incidence sur la manière dont vont s’articuler les relations qui entrent en jeu parmi les entités conformant le système établit par une telle écoute ? Comment les traces numériques induiraient-elles de ses potentiels énergétiques et informationnels le déploiement des forces engagées dans l’émergence d’une modalité d'écoute creative qui tend vers la projection écrite d'un imaginaire acoustique et musical ? Dans un tel dispositif de création musicale, dans quelle mesure la trace numérique, comme élément porteur de forme, peut-elle devenir élément constitutif d’une écriture1? Quelle serait la fonction des traces numériques dans le processus de création musicale de lors que celui-ci est déjà aussi médié et intervenu par l’Intelligence Artificielle ? Dans quelle mesure l’étude des traces numériques du processus de création, et notamment les grandes bases de donnés, pourrait nous renseigner quant aux conditions de possibilité de l’émergence d’une nouvelle conscience esthétique et musicale ?

Nous sommes donc intéressés, dans le cadre de cette recherche, à un aspect particulier de la relation entre processus de création musicale et technologies numériques à savoir, celui des traces numériques des processus de création interactifs. On s’intéresse à leur étude et leur analyse à l'aide d'outils informatiques (Big Data et Intelligence Artificielle). On s’interroge sur les conditions de possibilité pour contextualiser l’inscription des traces numériques liées au processus d’émergence d’une écoute créative et musicale.

A partir de l’observation des traces numériques inscrites lors d’activités spécifiques, encrées dans mon propre processus de création, le but de notre analyse sera de trouver des éléments pouvant nous renseigner quant aux propretés émergentes de ce qui est pour nous une expérience d’écoute créative dans le contexte de situations dialogiques sonores e interactives. Une mise à l’épreuve de la trace numérique permettra d'évaluer ses potentiels esthétiques et méthodologiques dans la perspective d'une nouvelle approche du processus créatif qui prend en compte, d'une part, la dimension dialogique de l'interactivité et, d'autre part, les capacités de stockage et d’analyse d’information des ordinateurs à hautes performances. L'objectif est de montrer qu'une approche réfléchie et formalisée des traces numériques des processus de création interactifs peut contribuer à une compréhension plus approfondie de ce qui se joue au cours de mon processus de création, dans ses aspects cognitifs, perceptifs et sensibles et, tout en même temps, ouvrir un champ d’exploration esthétique nouveau.

On devra s’interroger sur les conditions de possibilité d’une projection des traces numériques à partir d’une «conception a même leur espace technologique»2 de production et du rôle qui pourront avoir ces inscriptions dans une démarche de création. En effet, la trace numérique qui résulte d'une situation interactive comporte, au sein de son propre mode d'existence programmatique (code informatique issu d'un processus algorithmique dynamique et génératif), un ensemble de potentiels et de propriétés transférables, comme peut être le cas d'une durée, d’un indice donné par des marqueurs de corrélation spatio-temporelle ; une forme qui révèle une dynamique, c'est-à-dire une intensité de mouvement qui peut à son tour refléter un état d'écoute particulier, une temporalité ainsi qu'une corrélation historique liée à l'évolution du méta-processus de création qui englobe la situation interactive. Dans ce sens, nous allons focaliser nos recherches vers l'étude de la composante épistémique que nous supposons inhérente à la trace numérique.

En effet, dans un tel contexte, ce qui s’inscrit dans la trace numérique relève de la modulation des flux interactifs d’énergie et d’information par le couplage dynamique de l’écoute et du corps. À cet égard, dans le cadre de la conception de dispositifs numériques dédiées à la création musicale, devra être mis en route un protocole d’expérimentation et de recherche, au sens aussi bien de la pratique artistique que de la recherche scientifique, voué à l’observation des relations entre les éléments constitutifs mis en équation dans le système qui s’établit entre l’écoute, le dynamisme corporel et les flux d’énergie acoustique et d’information.

Ainsi, la génération des flux sonores interactifs se faisant sur la base des méthodes d’analyse issues de notre étude, l’Intelligence Artificielle pourrait à son tour servir à induire d’avantage des potentiels dialogiques au cœur de la médiation des situations sonores interactives. L’analyse de bases de données provenant d’un tel processus de création ainsi établit, pourrait nous renseigner quant aux domaines sensible, perceptuel, cognitif et morphologique du processus  de création tel qu’il est vécu par le créateur lui-même, de sorte que les données de l’analyse peuvent ainsi devenir, dans un sens phylogénétique, le modèle génératif à partir du quel on pourrait créer, dans le cadre de ce projet de recherche, de la musique instrumentale et vocale.

Plus loin, à partir des objets esthétiques eux-mêmes qu’un tel processus de création devrait produire, processus à la fois informé et vectorisé par des collections massives de traces numériques, celui-ci pourrait à son tour nous renseigner davantage quant aux expériences qui conduisent à l'émergence d'une écoute créative et d'une musicalité.  Ainsi, au moyen de méthodes computationnelles, il est envisagé de rendre compte de la corrélation interactive du dynamisme corporel avec la perception dans un contexte de création. On pourrait aussi du même coup, essayer de rendre compte de la manière dont imaginaire, dynamisme corporel et flux d’information sont impliqués dans l'émergence d'états de conscience qui se manifestent comme des états d'écoute créative.

1 «L’écriture a pour élément la trace et en tant que telle, montre que le signe est toujours à la recherche d’autre chose que lui-même.» Dans : Jean-Clet Martin,  Leçons sur Derrida. Déconstruire la Finitude, Paris, Editions Ellipses, 2015, p. 194.

2 Voir notamment la thèse de doctorat de Cléo Collomb, Un concept technologique de trace numérique, 2016 ; l’article de François-David Sebbah, «Traces numériques : plus ou moins de fantôme(s) ? » (2015) ; les travaux de Louise Merzeau, « Les paradoxes de la mémoire numérique. » (2013) ; « L’intelligence des traces. » (2013) ; « Embeded memories: patrimonialisation des traces numériques. » (2011) http://merzeau.net (dernière consultatuon le 06/07/2022)


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